Chronique

JOHN DIVA and THE ROCKETS OF LOVE - MAMA SAID ROCK IS DEAD / Spv 2019

Tout, du titre de l'album au nom du groupe, en passant par la pochette chatoyante et kitsch à souhait, annonce la couleur : Mama said Rock is Dead, sorti en février 2019 chez Steamhammer, respire le glam rock et le hair metal, les eighties et le rêve américain. Sauf que John Diva and the Rockets of Love, soit John Diva au chant, Snake Rocket et J.J. Love à la guitare, Remmie Martin à la basse, et Lee Stingray Jr à la batterie, sont allemands. À travers les douze titres de ce disque, ils s'emploient à montrer que non, le rock n'est pas mort, et certainement pas celui qui les inspire, qui est divertissant et léger, auquel ils vouent un culte et rendent un hommage efficace.

De prime abord, Mama said Rock is Dead se révèle accessible, agréable dans une veine hard FM, il fait le job pour les amateurs de musique des années 80 et son imagerie même s'il manque peut-être d'éléments qui ne fassent pas penser à d'autres groupes : en effet il a un petit air de déjà entendu, mais s'il n'est pas inoubliable ou inédit, il est tout de même loin d'être déplaisant, et devient même de plus en plus sympathique au fil des écoutes.

« Whiplash » permet une entrée en matière directe et énergique avec son claquement de fouet en guise d'introduction, suivi d'un hurlement. Le titre, faisant ouvertement référence aux USA, est positif et entraînant, et évoque Van Halen, Mötley Crüe, ou encore Alice Cooper dans le phrasé vers le milieu du morceau. Il nous met en condition pour ce qui suivra : batterie et guitare très présentes, pas mal de solos, beaucoup de chœurs, une bonne pincée de « wouhou » et autres « oh yeah ». « Lolita » est un titre très joyeux et léger, qui sonne un peu comme un hymne adolescent ou un générique de série TV – direction que le clip assume à fond en parodiant « Alerte à Malibu », en vieillissant tous les personnages, avec les membres du groupe en sauveteurs, entourés de playmates de 60 ans.

« Rock'n'Roll Heaven » est un morceau plus posé, bien que phare dans la mesure où le titre de l'album « Mama said rock is dead » est prononcé dans les paroles, qui a un petit côté desert rock, aux sonorités texanes, avec des riffs de guitare à la Lynyrd Skynyrd. En plus des références stylistiques, la chanson convoque les USA en énumérant de nombreuses légendes américaines, dont James Dean, Steve Mc Queen, « Knocking on Heaven's door » de Guns N'Roses... Un name dropping qui témoigne d'un vrai fantasme de l'Amérique des années 80, et qui vise à faire revivre le mythe. « Wild Life » est une chanson parfaite pour conduire le regard dans le lointain et le bras à la portière sur la route 66, qui fait penser à Bon Jovi (« Wanted dead or alive », « Runaway »), à Whitesnake (« Here I go again »), ou à W.A.S.P. (« Wild child »). « Blinded » est efficace mais un peu simpliste, son début est intéressant mais la reprise du refrain de (trop) nombreuses fois finit par la rendre un peu trop répétitive à mon sens. « Dance Dirty » évoque Ted Nugent (« When your body talks », « Savage Dancer »), Mötley Crüe, INXS et Guns N'Roses par son irrévérence et sa tension érotique. Ses paroles sont typiques d'une chanson qui se veut rock'n'roll et sexy, mais pas trash, l'on est dans une évocation sans rentrer dans les détails, la chanson pose en quelque sorte le décor dans lequel l'on peut imaginer la suite de l'histoire, sans tomber dans la vulgarité. « Just a night away » est le moment émotion de l'album, ballade romantique débutant et finissant au piano, où la voix brisée et très travaillée de John Diva évoque les effets de David Coverdale (« Is this love »). Cette complainte entêtante appelle le clip au ralenti, dans les tons gris et bleus, avec machine à brume, pour accompagner le thème de la rédemption du séducteur sensible qui subit en fait la solitude, et qui ne veut plus être un bad boy et briser des cœurs, mais trouver une relation qui ait du sens. Le gimmick du tombeur repenti et l'ambiance de slow hard FM évoque Dream Evil (« Tired »), Whitesnake (« Is this love »), ou encore Alice Cooper (« Hell is living withou you »). « Fire Eyes » surprend un peu avec une intro plus longue, des percussions différentes, quelques roulements de tambour, une fin plus abrupte, mais les solos de guitare sont un peu lourds et rompent avec la ballade, la démonstration de virtuosité ne s'intégrant pas forcément très bien avec le reste.

Le début de « Get it on » m'a fait rire en me prenant par surprise avec un « oh yeah, hooouuu, yeahiheahiheaaah » agrémenté de pauses dramatiques qui m'a vraiment fait l'effet d'un comique de répétition. La chanson est pleine de bonne humeur, elle offre quelques sons vraiment intéressants, avec sa voix féminine à deux reprises, ses bruitages de sirène de police, donnant une idée de danger et de course-poursuite, mais elle est un peu trop rengaine à la longue. Les chœurs participent à l'effet joyeux et à l’efficacité des titres, et donnent bien envie de voir ce que cette chanson – entre autres – peut donner sur scène, quelle est la cohésion du groupe. « Long legs », avec sa fixette fétichiste des jambes, a un côté « High heels in motion » de Ted Nugent. Les paroles, répétées en chœur, sont assez prévisibles, et donnent l'impression d'une même image mentale qui se répète en boucle, mais la chanson est tout de même plutôt entraînante. « Toxic », ballade assez rythmée, fait la part belle à l'amour dangereux et un peu masochiste, à la Whitesnake ou Alice Cooper. Encore une fois la structure de la chanson reprend sur différents tons et rythmes les mêmes paroles. « Rocket of Love », chanson clef puisque constitutive du nom du groupe, clôt l'album et est initiée par un bruitage de navette spatiale parée à décoller. Morceau dansant et fantasque, empli de « wouhou » et « yeaheah », filant la métaphore de la navette spatiale comme symbole phallique, que les filles veulent toucher, il lorgne du côté de Mötley Crüe et de Def Leppard, et se termine sur un gémissement évocateur.

Les chansons peuvent parfois sembler un peu longuettes à force de répétitions des mêmes paroles, mais pour cette raison elles doivent probablement bien se prêter au live et gagner à être entonnées par un public, car en plus d'être martelées, les paroles sont compréhensibles, articulées et faciles à retenir. Cet album reste bien dans la tête après quelques écoutes, et paraît approprié pour faire la fête, danser, courir dans un parc, écouter dans son lit ou sur la plage, chanter en play back avec sa brosse à cheveux comme micro ; dans un contexte détendu, sans chercher midi à quatorze heures. Les nombreuses énumérations sans phrases, hommages à toutes les inspirations du groupe, pour convoquer et faire défiler des images mentales, créent parfois un petit effet comique proche du « crème brûlée, Moulin Rouge, saucisson » d'Adam Bomb dans « Je t'aime bébé », de même que les onomatopées maniérées peuvent déconcentrer un peu et faire sourire, mais après tout cela contribue à passer un bon moment sans trop se prendre au sérieux – ce pour quoi le glam rock est parfait. De plus, il est rafraîchissant de pouvoir écouter du glam actuel sans que ça aille forcément de pair avec une attitude et des paroles grasses, sexistes et insultantes, et ne serait-ce que pour ce point, cela donne envie de recommander John Diva and the Rockets of Love, et leur album Mama said Rock is Dead.
 
Critique : Elise Diederich
Note : 6/10
Site du groupe : Page facebook
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