Chronique

VADER - SOLITUDE IN MADNESS / Nuclear Blast 2020

Qu’est-ce qu’avoir du génie ? Avoir du génie c’est être capable de créer la bonne chose au bon moment. Exemple type, si Einstein avait vécu au 12ème siècle il n’aurait pas été un génie, il aurait été… pauvre et, peu de temps après, mort à vue de pif. Tout est une question de timing donc. C’est bien beau de faire des pépites, la vraie différence se fait à l’instant de la réception.

Pourquoi ce préambule ? Vader sort début mai un album qui était prévu de longue date (bah oui, t’enregistres pas un bon album en 34 secondes, cette bête question) et ce petit bijou a le bon goût de s’intituler : « Solitude in Madness ». A l’heure où une bonne partie du monde est coincée chez elle (ou préfèrerait sûrement l’être plutôt que de prendre des risques pour des zinzins capables de tout pour faire la queue chez mcDo, alors que même en temps normal faire la queue chez mcDo relève au mieux de l’inconséquence alimentaire et en général d’une absence totale de respect pour sa propre bouche) Vader donc, arrive avec la bande son idéale pour résumer son époque et ce sans même l’avoir spécifiquement plus prémédité que ça, vu que l’annonce de la sortie s’est faite… le 7 mars (on parlait de timing on peut officiellement dire donc que plus proche de son époque que Vader : y’a pas). Alors certes, vous allez me dire « Oui mais tu vois est-ce que j’ai envie d’écouter de la musique qui va me rappeler ce que je vis ? », alors ça mon con ça s’appelle transcender ton quotidien et je te ferais remarquer que c’est le rôle même de l’art ! Et que l’art ça fait du bien à la tête. Donc oui, cet album est exactement ce dont le monde avait besoin, sans le savoir certainement même si le précèdent Vader était aussi très bien, et tous les autres avant également.

Au-delà de cette conscience aigüe de l’instant (qui démontre en vrac que le trash et le death sont des genres on ne peut plus actuels, indispensables et primordiaux pour une vie saine équilibrée et harmonieuse), le successeur que les Polonais ont donné à leur précèdent opus « Thy Messenger » reste dans la lignée de leurs productions récentes. Les titres sont compacts, efficaces, courts, alternant rythmiques spasmodiques et mitraillées, voix éructée et sauvage. Bref, si vous aviez envie de partager votre goût pour les tronçonneuses, la guitare et les gore movies avec vos voisins de façon claire et en moins de 2min 30, la plupart des titres de cette galette sont pour vous.

Autre constant sur la totale harmonie de cet album avec le monde au présent ? On a tous découvert les limites du mot voisinage, l’insomniaque, le fan de karaoké, le dépressif hurleur, la mémé qui bouge ses meubles à 4h du matin, les gamins qui hurlent pour couvrir la bêtise de leurs parents (les chiens font peut-être pas des chats, mais les hyènes du 6ème ont vraisemblablement une meute, on est d’accord ?). Dans l’infini de l’appart on vous entend très bien crier !!! Et « Solitude in Madness » est la bande son idéale pour dompter toute ardeur « voisinesque » à s’approprier l’espace sonore. Vader est à texture son de votre quotidien ce que le rouleau compresseur est à l’asphalte, ce qu’Attila était aux jardins publics, ce que le marteau pilon est à l’œuf mimosa : une mise à plat totale et radicale de toute velléité d’entendre autre chose.

Donc oui Vader est l’outil indispensable pour le présent et ça c’est du beau génie, sans frotter, le tout dans la lignée directe de leur histoire ô combien riche et présageant un avenir plus simple, où les voisins sont silencieux et attendent avec terreur la plage 4…
 
Critique : Thomas Enault
Note : 9/10
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