Interview

A PLANE TO THE VOID (2011) - Raphaël (Chant) & Dorian (Guitare et Chant)

A PLANE TO THE VOID, groupe toulousain, leur musique à travers leur premier EP est résolument contemporaine. Il était grand temps de mettre en lumière ce groupe sur nos pages.

Quelle est l’histoire de A Plane to the Void et comment avez-vous choisi ce nom ?

RAPH : A Plane to the Void est un projet musical que l’on a crée lorsque j’ai rencontré Dorian, Thibaut et Manu qui jouait déjà ensemble sous une autre formation. Nous avons décidé de baptiser ce groupe ainsi pour les idées qu’il véhicule. Il ramène l’homme à sa condition en lui indiquant que le passage vers lequel nous allons n’est jamais prévisible et que l’inconnue est constante.


Quels sont vos débuts dans la musique ? Votre premier coup de cœur métallique a été pour quel album ?

RAPH : Avec Benoit (actuel bassiste du groupe) nous avions un groupe de Death Melodique il y a quelques années, c’est ce qui nous a définitivement mis le pied à l’étrier en termes de métal. Je pense que le premier coup de cœur à été l’album « Wage of Sin » de Arch Enemy.

DORIAN : A 12 ans j'ai commencé à jouer en groupe dans le garage d'un ami où on se prenait le jus de temps en temps car il n'y avait pas de prise terre. Sinon un de mes coups de coeur à l'époque, c'était White Pony de Deftones.


Qu’est ce qui vous a donné envie de simples auditeurs à devenir acteurs de la scène metal française ?

RAPH : Avant APTTV, nous avions déjà tous eu des groupes disposant de compositions originales, je pense qu’à partir du moment où l’on éprouve le désir de s’exprimer, de créer des nuances, on devient forcément l’acteur d’une scène.


Quelles sont les principales influences dans la musique de A Plane to the Void ?

RAPH : On retrouve les influences en grande partie dans les groupes émergeant du Djent comme par exemple Born of Osiris ou encore The Contortionist même si Meshuggah a tenu une place très importante.

DORIAN : Beaucoup de groupes de death-core et de djent actuel tel que Volumes, the Contortionist, Ion dissonance, Veil of maya et Meshuggah bien sûr. Mais aussi du screamo (Rinoa...) ou du post-rock (Mono, Caspian...)


C’est la rentrée et le temps de dire au revoir aux vacances, à la plage, à la chaleur des longues nuits estivales et le moment de nous raconter ce que vous avez fait durant cet été notamment pour la promotion de Memento Mori ? En ayant sorti votre album au mois d’avril (sauf erreur de ma part), en avez-vous profité justement pour partir en vacance et décompressez ?

RAPH : Cet été nous étions tous tenu par des obligations professionnelles estivales. Il a donc été difficile de s’occuper pleinement du groupe. Cependant, nous avons dégoté un nouveau guitariste, Tristan, remplaçant Thibaut partis pour ses études et nous sommes à l’assaut de date pour défendre notre EP sur scène très bientôt !

DORIAN : Etant donné que certains membres du groupe travaillaient cet été et que d'autres sont partis en vacances, nous avons fais un break durant juillet août. Là nous avons un line-up qui a changé mais qui est enfin complet. Et on se prépare actuellement pour les prochains concerts de l'année.


En décortiquant votre musique, l’impression qu’on en a c’est qu’il est difficile de lui attribuer un style bien précis. Chaque titre dévoile une nouvelle facette de votre talent et votre art d’expérimenter de nouvelles sonorités. Par l’ambivalence du chant, les passages lourds et à l’opposé ces ambiances planantes jazzy, je vous comparerais pour être les cousins francophones de Cynic. Et vous, dans quelle catégorie placeriez-vous votre musique ?

RAPH : Merci pour cette comparaison qui est très flatteuse. Au jeu de la catégorie, on a toujours du mal à bien expliquer. On va dire qu’on se rapproche vraiment des groupes de Djent actuel, mais on tente de garder les attributs screamo, post-rock et progressif qui nous sont très cher.


Combien de temps a pris la gestation de Memento Mori ?

RAPH : Memento Mori a été un travail d’assez longue haleine, au niveau musical il a fallu une bonne année pour être au point sur toutes les nuances qui le compose. Les textes ont été écrits indépendamment de la musique, j’ai composé de longs poèmes qui ont ensuite été retouché pour s’imbriquer dans les morceaux. Quand aux visuels, cela a été un travail difficile qui nous a nécessité du temps bien après le recording en studio.


Où avez-vous enregistré ce premier essai ?

RAPH : On a enregistré au studio Antistatic à Aucanville, c’est là où bossent les membres de Manimal, Sidilarsen mais également tout les groupes de ce collectif !


Pour la finalisation de votre album, vous avez travaillé au côté de David Castel (Manimal, Psykup) et Julien Soula (Sidilarsen). Comment se sont passés ces rencontres ? Vous ont-ils donnés des conseils ?

RAPH : La rencontre avec Vidda a été démentielle ! Il y a de suite eu un très bon feeling qui nous a poussé a allé bien au-delà de ce qu’on aurait pu imaginer. Pendant le recording il a vraiment été d’une grande utilité, son expérience nous a évité de commettre certaines erreurs, il a été un très bon guide ! Quand à Julien, nous ne l’avons pas rencontré directement, il a travaillé directement avec Vidda pour le mastering, mais le résultat en était excellent !

DORIAN : Avec Vidda, ça s'est très bien passé aussi bien sur le plan professionnel que sur le plan amical. Il était toujours à l'écoute de ce qu'on voulait au niveau du son et nous a proposé pleins d'idées notamment certains ajouts. Enfin, c'est quelqu'un de très agréable et très vivant. Julien nous l'avons très peu vu mais il a fait du super boulot au niveau du mastering.


Quelle a été la ligne de conduite pour composer ce Memento Mori ?

RAPH : C’est Dorian qui a composé la majorité de l’EP, ensuite le travail est organisé d’une façon assez militaire. C’est Manu (notre batteur) qui apprend en premier le morceau, une fois la base rythmique posée, Thibaut et Jix (respectivement ex-guitariste et ex-bassiste) apprenaient les morceaux. Une fois que tout le monde était placé instrumentalement, on développait les parties chants en imaginant où allait être opéré les changements de vocaux et où est ce que l’on pourrait concocter quelque chose de vraiment surprenant.
En parallèle, les textes été écrits après que le concept ait été approuvé par tout le monde. Quelque part, il fallait que tout le monde s’y retrouve pour garder une véritable cohésion entre le ressenti musical et textuel.


Il est facile de remarquer votre intérêt pour les arts visuels au travers de votre pochette très esthétique et très sombre en même temps. J’ai cru reconnaître l’un des ponts de Toulouse qui surplombe la Garonne. Qui se cache derrière la réalisation de cet artwork ?

RAPH : La réalisation des artworks a été développé par Guillaume HENRIET, un proche du groupe, et moi-même. On a en vraiment pris appuie sur les textes et sur le ressenti général du concept. Après ça on développé le travail en plusieurs phases, on a expérimenté pas mal sur la photo avant d’avoir l’idée de passer dans l’infographie. C’est bien un pont Toulousains qui se cache dans une des images, il s’agit du pont des Catalans. Mais il y a plusieurs images provenant de cette ville en plus de celle là, d’autres proviennent de Tokyo.


Toujours à propos de ce booklet, riche en illustration très symbolique, on a l’impression de suivre le chemin d’une personne perdue qui aurait disposé des galets pour qu’on observe son cheminement. Il y a tout d’abord cette ville avec cette grosse bulle dans une ville futuriste qui rappelle l’esprit individualiste. On peut voir également une succession de tunnel, de pont qui symboliquement peut relier deux mondes différents, deux états différents (le passage vers la mort). Est-ce très éloigné de l’interprétation que vous en avez ?

RAPH : C’est une analyse qui s’en rapproche de très prés. Memento Mori nous dresse un constat à travers les yeux d’un homme qui vit son dernier battement d’œil. Ainsi toutes ses pensées déferlent et se mêlent pour lui rappeler son existence. Il y voit les points néfastes et sème un constat de doute. Les visuels sont une succession de voie, de passage, car ils évoquent l’idée du hasard, mais de la nécessité du choix. Il n’y a d’ailleurs que deux images qui ne représentent pas de chemin précis, la jaquette et l’arrière du booklet car ce sont elles qui désigne respectivement le début et la fin du voyage.


Memento Mori, souviens toi que tu mourras, n’est pas sans rappeler aux hommes qu’ils sont mortels et la vanité de leurs activités et de leurs intérêts terrestres. Dans des écrits spirituels, il n’est pas rare de lire que sans connaissance de soi, il n’y a pas d’ascension véritable. L’introspection serait donc essentielle à l’homme. Quel bilan dressez-vous suite à la sortie de ce Memento Mori ?

RAPH : Il y avait un véritable processus d’introspection à travers l’écriture de cet EP, il touche vraiment à des sujets de préoccupation commune. Je me suis beaucoup appuyé sur les quatre buts de la vie hindoue, vous remarquerez, dissimulé dans le livret, les mots Kama, Artha, Darhma, Moksha. Ils évoquent tous un but que l’on doit accomplir au cours de son existence. Au final, il tente de nous apprendre à n’être ni trop bon, ni mauvais mais à laisser autant de place à la préoccupation des autres comme de soi-même.
D’autre part, il place l’homme devant sa condition en lui rappelant qu’il n’est maître de rien, il appelle à un comportement plus humble et moins vaniteux. En quelque sorte, il évoque le salut de l’âme.


Quel est le morceau que vous avez préféré et pourquoi ?

RAPH : Le morceau que je préfère est Ars Moriendi. Instrumentalement, il mêle une vraie violence à quelque chose de complètement déchirant, je trouve qu’il est remplit d’une mélancolie singulière et intense. Textuellement, c’est le sujet qui m’interpelle le plus, il expose un immense doute existentiel à un sujet qui n’à aucune véritable réponse.

DORIAN : Personnellement j'ai une petite préférence pour Ars Moriendi qui est selon moi la plus complète techniquement et émotionnellement.


Ars Moriendi ou l’art de mourir… texte latin du moyen age qui se base sur des conceptions chrétiennes, crois-tu qu’il soit essentiel d’appartenir à une caste religieuse pour obtenir le salut de l’âme ?

RAPH : Le texte rebondit vraiment sur le texte original mais il y est expose un point de vue qui n’est pas forcément religieux. Il met en premier plan le doute et la remise en question lorsqu’on s’approche de la frontière entre la vie et la mort. Je crois que le constat le plus objectif que l’on puisse établir et celui de notre dernier souffle car il n’y a plus de question de vanité, ni d’égoïsme, c’est le constat où l’on aperçoit ses tords, ceux des hommes, et le caractère particulier de l’existence.
Le salut de l’âme est quelque chose qui s’appréhende en fonction de principes que l’on a défendu et tenu, de choix que l’on ne remet pas en doute afin de ne pas regretter. Je pense que c’est un plan d’existence qu’il est très difficile d’approcher véritablement.


Errare Humanum Est amorce tout en douceur la seconde moitié du disque qui sera nettement plus expérimental. Il s’agit là d’un acte prémédité ?

DORIAN : Oui, on voulait en fait que Omote and Ura commence direct sans intro douce du coup on a séparé ce morceau en deux et l’intro s'appelle Errare Humanum Est. Elle permet par la même occasion de faire un petit interlude nuancé dans la démo.


J’ai lus un article où tu montrais ton intérêt pour la culture asiatique. Il y a fort à parier que tu connaisses le bushido (ancien code moral de la caste militaire samouraï). Que penses-tu de cette phrase (tiré justement du bushido) : « le vrai courage consiste à vivre quand il est juste de vivre, à mourir quand il est juste de mourir » ?

RAPH : C’est une phrase remplit de sens mais surtout d’une véritable discipline. Je pense que c’est quelque chose qu’il manque au monde contemporain, le bushido permettait vraiment de rester humble face à sa condition et d’affronter la réalité sans détourner le regard. Cette réalité, c’est que nous perdurons par la reproduction de l’espèce, c’est comme un passage de relais, il faut être assez humble pour arrêter la course le moment venus et ne pas freiner l’évolution du temps !


Chaque mot a son importance, que diriez-vous à une personne qui lit cette interview pour la convaincre d’écouter votre musique ?

RAPH : Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours. L’homme le plus simple que la passion fait parler persuade mieux que celui qui n’a que la seule éloquence.

DORIAN : "Sois curieux !"


Cette allégorie de la mort que l’on retrouve dans votre musique me fait penser à la dernière lecture que j’ai eue. Peut-être connaissez-vous, Franck Thilliez (écrivain français), ces romans sont très sombres et à l’occurrence, son personnage principal nourri aux antidépresseurs désire se sortir de sa situation et échappe de justesse à plusieurs accidents en frôlant la mort. Vous lisez ?

RAPH : Je ne suis pas un grand lecteur de roman, j’étudie énormément d’article car j’ai un plus grand intérêt pour la culture, aux travers de cet EP, vous retrouverez Freud, la poésie des mots asiatique, la richesse de l’hindouisme mais aussi des faits qui se préoccupe plus de l’histoire comme l’Ars moriendi ou encore l’ère holocène. J’essais quand même de garder la littérature en tête car sans elle, il serait difficile d’écrire, en ce moment deux livres se battent sur mon chevet, « Maximes et Mémoires » de La Rochefoucauld (dont est tiré la phrase de la question précédente) et « Les chants de Maldoror » de Lautréamont.


Quel phénomène naturel pourrait correspondre idéalement à votre musique ?

RAPH : Le vent possède des nuances qui ne se retrouvent dans aucun autre phénomène. Il est capable de puissance à l’image du mistral, enclin à la mélancolie comme le vent qui apporte la pluie, annonciateur de violence comme l’aquilons mais parfois doux et emplit de regret. Et dans cette masse obscure, un brin de lumière comme les vents qui chassent les nuages pour y apporter le beau temps.

DORIAN : Un violent orage et l'incertitude de savoir où la foudre tombera.


Un mot sur les groupes de votre scène régionale…

RAPH : On a une scène régionale très riche, remplit de groupe pleins d’idées et d’ambitions. Nos potes de Floating Wood sortent bientôt un nouvel EP qui risque de faire bien mal !


Les concerts jusqu’à la fin de l’année commencent à se dessiner. On peut vous croiser dans quels genres de concerts ? Vous-même allez-vous en donner sur Toulouse et ailleurs ?

RAPH : On a pas encore de date précise, il fallait qu’on se concentre à se remettre en place avec les nouveaux musiciens. Ce sera très bientôt prés et on commence déjà à chercher des concerts sur Toulouse mais également dans le pays basque. Rien de précis, mais on ne manquera pas de tenir tout le monde au courant le moment venus !


Toulouse, capitale du rugby, en cette veille de coupe du monde, vous avez des pronostics ? Etes-vous passionné par ce sport ?

RAPH :Je ne suis pas un adepte du sport en général et ma connaissance de la liste des matchs n’est vraiment pas assez bonne pour que je puisse pronostiquer quelque chose.

DORIAN : Je ne suis pas un grand fan mais j’avoue que me retrouver devant un bon match dans un pub avec une bonne chope je ne dis pas non de temps en temps.


Si vous avez quelque chose à ajouter sur votre actualité à venir, la parole est à vous ;-)

RAPH :On est en train de travailler pour faire un ou deux petit websodes de ce qu’a été le studio pendant l’enregistrement qu’on devrait publier sur notre page. On est dans la période des chroniques donc n’hésitez pas à passer sur notre page facebook pour voir l’évolution ! Et pour finir, merci pour cette interview très intéressante qui nous laisse une vraie possibilité de défendre notre effort !
 
Critique : Alisia
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