Interview

GOJIRA (2013) - Christian Andreu (Guitare)

Quelques heures avant le show du Transbordeur le 7 Avril 2013, Gojira est de corvée interview entre les balances et le casse-dalle. Après une discussion sur le métal de Meshuggah avec Joe Duplantier en mode pause-café et quiche-poireau, le repas des stars, il est temps de prendre une pause clope avec Christian Andreu, l'autre gratteux du groupe. C'est donc avec un mec ouvert d'esprit, chaleureux et communicatif, que SBM et moi-même prenons le temps de parler du groupe, et pas seulement sur l'aspect musical...

Weska : Alors Christian, ça fait pas loin d'une petit année que "L'enfant sauvage" est sortis, maintenant que vous avez de la bouteille, quel ressenti avez-vous après plusieurs mois de scène sur cet album ?

Christian : On sent vraiment qu'on a passé un pallier encore une fois. On blinde les salles, il y a un retour de presse qui a été faramineux, meilleur album de l'année, je sais pas si vous avez vu ça dans les chroniques... Et donc on s'aperçoit qu'avec cet album on remplit des salles dans toutes l'Europe, aux Etats-Unis, et on est super content.

Et puis vous faites désormais des tournées en tête d'affiche... avant vous faisiez les premières parties pour les autres, maintenant vous y êtes.

Voilà exactement, ouais voilà... on sent qu'on devient un groupe, vraiment implanté un peu partout.

Du coup, on saura à l'avenir ce que vaut Gojira en fonction de la première partie [rires]

Ouais [rires] ouais, on a tourné avec Devin Towsend aux Etats-Unis en janvier et février qui ouvrait pour Gojira, donc c'était la classe pour nous quand même. Voilà, puis ça a bien marché ouais.

Un point qui m'a un peu chagriné, enfin perturbé, c'est le titre de l'album : "L'enfant sauvage". Jusqu'ici il ne me semble pas que vous avez fais de chanson en français que ce soit dans le titre ou dans le texte. Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui ce n'est pas un pallier qui a été franchit ?

Joe a essayé au début du groupe de faire de texte en français... mais tu vois ça colle pas à la musique, ce genre de musique, en tout cas pour nous. Avec un chant en français ça collait pas trop. Et l'enfant sauvage, je sais pas, on s'est dit retour aux sources donc à notre langage... c'est une envie de Joe alors il faudrait plutôt lui poser la question.. mais quand il a proposé ce titre on était tous vachement emballé quand même, c'est un peu... ouais, certes, je sais pas.

SBM : Une façon de montrer vos origines.

Christian : C'est exactement ça ouais.

Weska : A la première écoute de l'album, en revanche, on sent peu le côté sauvage, ça a un petit peu changé par rapport au précédent album (The way of all flesh, dit The way, ndr) qui était beaucoup plus complexe, plus nerveux. Là on a quelque chose de plus planant...

Plus planant ouais.

...par exemple, un morceau comme "The art of dying" avec une phase finale presque hypnotique, se retrouve beaucoup plus sur le nouvel album... vous aviez envie de poser les choses ou simplement c'est venu comme ça, naturellement ?

Bah la façon de composer dans Gojira est très spontanée quand même. On réfléchit pas trop quand on compose. Est-ce qu'on va mettre ce genre de tempo ou un autre ? ou... on le fait un petit peu si tu veux, mais c'est pas la base de notre composition. Et puis... je sais pas ça vient spontannement vraiment. C'est dur à décrire une façon de composer.

Pas forcément une façon de composer mais... globalement à part "L'enfant sauvage" qui est un morceau pêchu, généralement ça plane, on est plus sur de l'accessible.

Ouais plus atmosphérique, plus dans les ambiances peut-être, plus posée aussi tu veux dire. On vieillit aussi quoi ! (rire de groupe) Tu vois, on fait plus la même musique que sur Terra ou The link... tu vois, mais bon on aime The Way... et euh... j'en sais foutrement rien ! [rires]

Cours interlude sur la crise de la trentaine

Weska : Et puis, il y a aussi le changement de label puisque avez changé de label pour Roadrunner records disons courant 2011... Qu'est-ce que ça change exactement ? Puis que qui dit gros label dit un pression différente... puisque 4 ans ont séparé The way de L'enfant. Est-ce qu'il va y avoir comme ça une pression à l'écriture de sortir un album tous les 2, 3 ans max ? Quelque chose de contractuel ?

Non, non, non on fait vraiment notre truc et les mecs du label sont vraiment hyper cool avec ça, ils nous laissent faire. Là on est un groupe implanté depuis plus de 15 ans et c'est pas le label qui va venir et qui va nous imposer "tiens faites ça, faites ça", c'est pas possible. Ca se fait pour un groupe qui démarre une carrière, là d'accord. Mais nous, non. On a pas la pression. On a signé un contrat pour plusieurs albums, et le prochain sortira quand... quand il sortira quoi. On reste authentique, on fait nos compos, on part en tournée, on se fait plaisir.

SBM : C'est par contre plus facile peut-être d'organiser les tournées avec ce type de label...

Ouais voilà, la différence elle se fait là. C'est qu'ils ont plus de moyen pour la promo, pour distribuer les albums... ce genre de chose ouais. Sinon au niveau de l'artistique, il nous laisse faire.

Weska : Justement, on se posait la question dans ces changements, de ce qu'il se passe au niveau du statut personnel. Puisque maintenant vous êtes un groupe confirmé, ça marche... je me souviens vu d'avoir vu sur le net Joe qui disait que malgré ce succès il était un peu compliqué de vivre de votre passion, peut-être moins pour lui qui faisait ça à plein temps que vous... Qu'est-ce qui a changé maintenant ? car pour moi cette info doit dater un peu déjà... Est-ce que vraiment la notoriété que vous avez obtenu vous a apporté un certain... confort de vie ?

Non. (rires) Honnêtement non, pas pour l'instant. Un groupe comme nous ne peu pas exploser en un an... deux ans... c'est long. Parce que c'est nouveau, Roadrunner c'est nouveau, l'album est sorti il y a même pas un an. Et puis les ventes du disque sont catastrophique tu vois. Là ou un groupe vendait 1 millions d'albums auparavant, il n'en vend plus que 100 000, je sais pas, j'ai pas d'idée précise là dessus. En tout cas on gagne pas de thune sur les ventes de disques, le merch (t-shirt, pull etc, ndr) permet de payer les tournées, parce que les tournées ne sont pas encore totalement bénéficiaire. On perd de la thune sur des dates, des fois on en gagne. C'est très compliqué quoi. On vit, on vit bien tu vois, mais on passe pas la barrière du groupe, d'un gros groupe.

Vous avez quand même plus vendu d'album...
Christian : oui, quand même, on a vendu plus L'enfant sauvage que the way.

TEMPS MORT ! Car c'est le moment où on s'élance dans les discussions de bistrots autour du sujet qui fait fuser les conversations dans tous les sens : le téléchargement illégal (Merci SBM!). A l'issus, nous en venons à la discussion sur les tournées, et notamment les tournées à répétitions...

Christian : Mais pour nous ça va. On a des compagnes qui comprennent le truc, on arrive à trouver un équilibre. Il y a des groupes qui partent en tournée 6 mois non stop, mais on essaye de trouver un équilibre, de faire un mois tournée, un mois de pause. On prend des pauses assez longue entre chaque tournée. Je pourrais pas partir 6 mois en tournée c'est pas possible...

Weska : Vous êtes pas sur cette cadence "industrielle" de vous dire "allez les mecs on y va, on fonce"
Christian : Non justement. On pourrait le faire, mais on n'a pas envie de ça dans le groupe.
SBM : Et puis sur la fin tu te sens fatigué, t'arrives plus à tenir...


Ouais on est éclaté. Et puis sur scène on se donne vraiment à fond. Pour un concert... on donne notre vie. T'as des groupes ils sont sur scène, t'as l'impression qu'ils répètent. Nous on bouge quand même c'est très très physique. On a le dos pété... faut s'entretenir, c'est quand même du sport qu'on fait un peu. Pour en revenir au fait, on a pas envie de faire de longues tournées.

En plus maintenant que vous cartonnez aux Etats-Unis, il y a les tournées américaines qui sont longues également... ca vous a ouvert pas mal de porte de vous ouvrir de pouvoir aller aux USA ?

Christian : Ouais, super ouais. On va là-bas, on remplit des salles de 1000 personnes, on revient en Europe et du coup ça grossit aussi puisque les anglais s'intéressent à ce qu'on fait là-bas. Energétiquement il y a un mouvement entre les deux continents.

Weska : On en vient maintenant à la question qui tue. Comment tu te vois dans 10 ans, 5 ou 10 ans, musicalement parlant ?

Je sais pas... mon but, c'est d'attirer plus de monde peut-être. Parce que je pense qu'il y a un travail à faire à ce niveau là. Y'a pas mal de gens qui ne connaît pas Gojira. Il y a toujours du monde qui peut découvrir Gojira. J'aimerai que notre musique soit un peu plus diffusé, qu'on puisse aller dans des endroits où on est jamais allé : au japon, en Amérique du Sud, en Afrique tout ça. Je nous vois comme un groupe encore plus implanté et continuer comme là à remplir des salles de 1500 personnes, c'est génial. J'aurais envie de tourner avec des groupes comme Deftones, Tool et d'autres groupes qu'on a pas rencontré.

Ce sont des influences pour toi ça Deftones, Tool...

Ouais bien sûr ! Tool c'est un de mes groupe préférés...(refléchit au sujet précédent, ndr) Et puis... peut-être plus m'investir dans la compo. J'ai envie de composer, peut-être faire un truc solo.

SBM : Pas de projet parallèle pour le moment ?

Non, non. J'ai des idées qui traînent un peu, mais on va voir.

Weska : Dernière question, si tu devais conseiller un album de Gojira, celui qui serait le plus accessible et le plus représentatif de ce qu'est Gojira, lequel choisirais-tu ?
C'est dur hein... peut-être "From Mars to Sirus". Spontanément c'est ce que je dirai.

Et bien merci beaucoup Christian et à bientôt au Hellfest !
 
Critique : Weska
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