Interview

NOVA TWINS (2019 - Version Française) - Georgia South (Basse) et Amy Love (Chant - Guitare)

Jeudi 8 août j’ai rencontré les Nova Twins dans le sous-sol d’un bar à deux pas de l’Olympia quelques heures avant leur concert dans cette salle, en première partie de Prophets of Rage.

Tout à l’heure vous ouvrez pour Prophets of Rage, c’est la deuxième fois, vu que vous avez déjà tourné avec eux en 2017. Quel effet ça fait d’être considéré comme « le meilleur groupe dont vous ayez jamais entendu parler » par Tom Morello ?

C’est génial, c’est définitivement un honneur parce que c’est l’un des meilleurs guitaristes qui soient. C’est dingue !

Vous pensez que vous repartirez en tournée avec eux une troisième fois par la suite ?

Eh bien, ce serait super, j’espère ! Il ne faut jamais dire jamais.

Vous avez joué sur la Main Stage au Hellfest. Comment ça s’est passé ?

C’était taré ! C’est le plus gros show qu’on ait fait à ce jour, il y avait 22 000 personnes, qui plus est assez tôt, il était quelque chose comme 11h30 du matin, et tout le monde faisait des walls of death, courait dans tous les sens, c’était dingue.

Vous avez eu l’occasion de voir d’autres groupes jouer ?

On voulait vraiment voir certains groupes, comme The Fever 333… Skindred était programmé, Kiss aussi… On n’a pas pu voir qui que ce soit, on devait prendre un avion pour ailleurs le jour suivant.

Cette fois-ci est-ce que vous avez un peu plus de temps ici, qui vous permette de visiter un peu Paris, ou vous devez partir juste après le concert ?

On a déjà fait pas mal de magasins, avant l’interview. On a pris le temps de faire un tour, ce qui était agréable. Mais on doit de nouveau repartir… * soupir *

Où allez-vous juste après ?

On se rend à un festival qui s’appelle Boomtown en Angleterre. Donc après le concert on roule jusqu’à Londres. Et ensuite on roule jusqu’au festival. Cela fait beaucoup de route ! * rires *

Diriez-vous que votre style musical est influencé par votre vie à Londres ?

Ouais, il y a des tas de musiques différentes dans le sud-est de Londres, mais on écoute aussi du hip hop américain, comme Kanye West, Eminem, Timbaland, Missy Elliott… Destiny’s Child… Ce n’est pas tant un mélange des musiques qu’il y a à Londres, c’est plutôt notre son à nous. Il y a aussi Princess Nokia, The Raconteurs, Jack White… J’ai aussi eu une phase où j’écoutais plutôt Deep Purple, MC5… J’ai découvert aussi jour après jour que je me reconnais pas mal dans pas mal de trucs qu’on qualifierait de pop music, comme Katy Perry, Rihanna. On adore Rihanna ! C’est très mêlé, ça peut être du gros son, on a découvert Alien Weaponry récemment, c’est un truc de malade. Billy Eilish, on est vraiment dedans en ce moment. C’est un mélange, de toute façon si t’es bon, t’es bon ! * rires *

C’est sûr, le style n’est pas très important, ce qui compte, c’est ce qu’on ressent quand on écoute de la musique.

Exactement !

Vous avez des modèles en général, des inspirations, dans la vie de tous les jours, pas seulement dans la musique ?

En ce qui me concerne je dirais les femmes dans nos familles, parce qu’elles sont vraiment fortes, des femmes avec un tempérament de feu. De mon côté ce sont des femmes Iraniennes vraiment solides. Ma grand-mère était une sorte de chef de famille, et aussi nos mères, comme ta grand-mère Jamaïcaine Georgia. Elles sont vraiment badass, du genre « Ne laisse personne t’embêter », « Sois forte, sois féroce », elles sont comme ça ! Donc ça nous influence beaucoup, on ne laisse personne nous embobiner. Elles sont des modèles pour nous, c’est clair.

Comment composez-vous vos chansons, comment écrivez-vous les mélodies et les paroles, qui fait quoi ?

On écrit ensemble. On a chacune une préférence pour les paroles, ou pour la musique, et on assemble le résultat.

Qui choisiriez-vous comme première partie pour votre tournée, quel groupe voudriez-vous nous faire découvrir ?

Les gens qu’on aime en ce moment sont plutôt underground comme nous, comme Strange Bones… Comme première partie, c’est une question délicate ça… On verrait peut-être plus une tournée avec une double tête d’affiche, on pourrait faire ça avec Fuck U Pay Us, ce serait marrant, c’est un groupe américain, ils sont vraiment cool. Ils sont dingues, ils deviendront célèbres bientôt, enfin on espère en tout cas !

Vous avez aussi votre marque de vêtements, Bad Stitches. Combien de temps cela vous prend comparé à la musique ?

Pas beaucoup, enfin ça dépend de ce qu’on fabrique. Quand on coud des choses à la main, sur des pantalons par exemple, ça peut prendre plus longtemps. On fabrique nos tenues de scène, et ça peut être super rapide, l’histoire d’une demi-heure, on vaporise, peint, conçoit quelque chose… Bad Stitches est une petite marque de customisation, on a fait quelques vestes, on aime que les gens se sentent comme une part de, je ne sais pas, de notre style. On s’est dit oh ça serait sympa si les gens pouvaient l’avoir aussi, on faisait ça comme un passe-temps. C’est petit pour le moment, mais on a plus de trucs qui arrivent. On fait ça quand on a un peu de temps libre, parce que la musique passe toujours en premier, le studio passe en premier, donc si jamais on a une minute de plus…

Vos fans peuvent acheter votre merch’ officiel et les vêtements que vous concevez, c’est cool. Vous avez encore d’autres projets artistiques en plus de ça, ensemble ou séparément ?

On fait nos décors, dans chacune de nos vidéos on construit le décor, on peint les murs ensemble… Dans la prochaine vidéo on a peint quelque chose de nouveau, qui est dingue, on ne peut pas en dire plus pour le moment, mais… tu verras ! La musique prend la majeure partie de notre temps, c’est vraiment une activité à temps plein, et comme on est un groupe on passe le plus clair de notre temps ensemble, donc si on faisait autre chose on le ferait également toutes les deux.

Il y a une grande part de do it yourself dans votre musique, tout comme dans votre style vestimentaire. Est-ce que vous trouvez que l’industrie musicale est trop artificielle et normative ?

Parfois l’industrie veut juste un copier-coller de ce qui existe déjà, d’un autre groupe, tu vois, on voudrait te forcer à ressembler à quelqu’un d’autre. On n’aime pas faire ça, donc on fait juste ce qui nous paraît juste. Je pense que parfois dans l’industrie musicale on peut rencontrer des personnes qui sont vraiment vraiment cool, qui travaillent pour les groupes, mais le problème c’est que parfois les personnes au sommet, celles qui prennent les décisions, ne sont pas très courageuses. Je crois que les gens ont peur, parce qu’il n’y a plus tant d’argent que ça dans l’industrie de nos jours, du coup si quelque chose marche, ils se disent « Cela va marcher encore, donc faisons la même chose encore et encore », et on est plutôt contre ça, ce n’est pas créer un tout nouvel artiste, mais créer une sensation éphémère, dont on n’entendra plus parler au bout de quelques jours. On veut rester authentiques, et c’est un travail de longue haleine, mais ça nous va, tant qu’on reste fidèles à nous-mêmes c’est tout ce qui compte.

Pensez-vous que vous véhiculez un message féministe, et une image libératrice et puissante pour les jeunes filles et jeunes femmes ?

Ouais ! Et pas seulement pour les femmes, mais aussi pour les personnes non binaires, pour n’importe qui en fait, toute personne qui a l’impression de ne pas s’intégrer, tu sais, qui voit tous ces gens qui se ressemblent, avec un look à la Kardashian… Ou un look de blondinette. On dit aux gens d’être eux-mêmes, de ne pas chercher à correspondre aux standards, la course à la minceur, les implants… Soyez vous ! Faites ce qui vous fait vous aimer, c’est cool, mais ne le faites pas parce que vous subissez la pression. Beaucoup de femmes, de gens, surtout des jeunes, qui ressentent tellement de pression, à cause des modèles qui leur sont présentés, qui sont complexés par leur apparence, à cause des médias… Ce ne sont pas des buts réalistes parce que la plupart des personnes qu’on voit sur les photos ont été retouchées, modifiées pour ressembler à ci ou ça, et ça cause tellement de tort ! Je pense qu’être nous-mêmes permet aux gens de sentir qu’ils peuvent l’être aussi. Enfin ça dépend, on ne juge pas les personnes qui veulent faire de la chirurgie, mais pas à cause de la pression, quand on va sur Instagram on voit tellement de photos de femmes avec des grosses lèvres, retouchées, qui se font faire des injections… Elles ont 15 ans ! À cause de Kylie Jenner, qui est tellement jeune, des filles de plus en plus jeunes le font, parce qu’elles se disent « Oh elle l’a bien fait, elle », c’est triste…

Les Kardashian ont une telle influence en Angleterre ? Je n’ai pas l’impression que tant de personnes essaient de les copier en France donc je ne me rends pas compte.

Oui, en particulier dans l’Essex ! La chirurgie esthétique est courante pour des filles de 17 ans, 16 ans… À 17 ans elles commencent à se faire opérer et c’est un peu flippant, elles n’ont même pas fini leur croissance !

Pour finir qu’aimeriez-vous ajouter, peut-être quelque chose que vous aimeriez qu’on vous demande plus souvent ?

Hmm pas grand-chose, juste qu’on est super contentes d’être en tournée avec Prophets of Rage, super excitées, et c’est une expérience géniale pour un nouveau groupe comme nous, enfin pas vraiment nouveau parce que ça fait un moment qu’on existe, mais plutôt, émergent, tu vois. Donc on voudrait encourager les gens à ne pas abandonner, à faire attention à bien choisir quels conseils ils écoutent, certaines personnes essaieront toujours de vous dire « Tu devrais changer ton son, tu devrais changer ci, tu devrais changer ça », mais n’écoutez pas ces conneries. Gardez les personnes en qui vous avez confiance autour de vous, la famille, les amis, ils sont de bon conseil en général. Et ensuite continuez d’avancer, et ayez cette confiance en vous, parce que c’est comme ça qu’on a fait, même contre toutes ces personnes qui nous disaient « Votre son est trop lourd, vous devriez être plus pop », on continue d’avancer et à chaque fois qu’on écoute notre propre intuition, on va plus loin, et on devient de plus en plus à l’aise avec nous-mêmes. Donc on voudrait juste dire aux gens d’en faire autant !
 
Critique : Elise Diederich
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