Interview

GREEN CARNATION (2020) - Kjetil Nordhus (Chant)

Disparu des radars depuis quatorze ans, les Norvégiens de Green Carnation nous reviennent. Et pour un retour c'est un sacré retour. Leur album « Leaves of Yesteryears » est un véritable chef d'oeuvre, un très très grand album de prog. Entretien avec le fort sympathique Kjetil Nordhus, chanteur du groupe.

« Vous avez été absents durant plus d'une décennie. Est-ce les concerts que vous avez donnés il y a quatre ans qui vous ont décidé de continuer l'aventure ? »


«Quand nous nous sommes retrouvés, nous avons donné quelques concerts. Nous étions ouverts par rapport à ce que nous allions faire par la suite. Vu que les choses se sont super bien passées et que nous nous entendions très bien, faire un album est devenu une évidence. »

« Quand avez-vous composer les morceaux de ce nouvel album ? »

« On a commencé à composer en 2017. On donnait des concerts dans le même temps. On avait besoin de temps pour faire les choses de la meilleure des manières possibles. Cela n'aurait pas eu de sens de revenir après quatorze ans sans faire les choses à la perfection. Les retours sur le disque depuis qu'il est sorti sont très bons. Ca fait plaisir. »

« Revenir après quatorze ans doit être quelque chose de spécial pour vous, j'imagine. »

« Tout à fait. Cela nous manquait de ne plus jouer ensemble. Le rapport avec les fans nous a manqué également. On avait construit une relation particulière avec eux entre 2000 et 2006. On avait perdu cela. On avait pensé dans le passé à revenir un jour et de retrouver nos fans. »

« Vous avez un album qui devait sortir en 2007 et n'a jamais été publié. Il sortira un jour ? »

« On a beaucoup de morceaux qui datent cette période. On va annoncer quelque chose par rapport à cela cette année, en rapport avec la trilogie de « The Chronicles of Doom ». C'est un plan très ambitieux. »

« Le nouvel album sonne parfois très rock progressif classique. »

« Des gens nous qualifient de doom, d'autres de metal progressif. Il y a différents éléments dans notre musique. Nous sommes un groupe prog qui joue sur les atmosphères. »

« Les groupes prog classique comme Genesis, King Crimson, Yes sont des influences ? »

« Ce sont des groupes incroyables. Ils sont une part de nos influences tout comme les vieux Pink Floyd, les vieux Sabbath. Mais il n'y a pas que cela dans notre musique, nous amenons également des éléments pop dans ce que nous faisons. »

« Vous avez été dans des groupes death, black et produisez cette musique. Il y a moins de barrières qu'ailleurs en Norvége par rapport aux différents styles musicaux dans lesquels on peut évoluer ? »

« Les mecs des groupes de black-metal d'il y a 25 ans ont changé avec les années. Emperor n'a pas peur d'utiliser de nouveaux éléments dans leur musqiue. C'est aussi le talent des musiciens que de vouloir expérimenter de nouvelles choses. »

« C'est étonnant de voir Tchort qui a crée le groupe, fait partie d' Emperor jouer des morceaux accoustiques. »

« C'est vrai mais c'est celui dans le groupe qui est le plus fan de Pink Floyd par exemple.Il y a 25 ans les groupes de black détestaient les groupes death mais les choses ont changé depuis. Les musiciens sont de plus en plus ouverts. »

« Pourquoi avez-vous eu envie de faire une nouvelle version de « My Dark Reflections of Life and Death » qui figurait sur votre premier album « Journey to the End of the Night » ?

« On voulait avec ce disque avoir le meilleur de Green Carnation, se concentrer sur le meilleur du groupe. Nos albums sont tous très différents les uns des autres. Nous voulions avec ce disque construire un pont entre notre passé et notre présent. C'est pour dela que l'on a refait ce morceau. On le jouait live. Le morceau fonctionne très bien avec le reste du disque. Si cela n'avait pas été le cas, nous ne l'aurions pas mis. »

« Et l'idée de reprendre « Solitude » de Black Sabbath ? »

« C'était le morceau parfait pour l'album. On avait envie d'un morceau accoustique dans le disque. L'atmosphère, les paroles fonctionnent parfaitement avec le reste. »

« Master of Reality » est ton album préféré de Sabbath ? »

« C'en est un très bon. « Solitude » est un morceau un peu à part. C'est pour cela qu'on l'a pris. Nous sommes très contents de la version que nous avons faite.»

« Les trois nouveaux morceaux ont été composés récemment ? »

« Entre 2017 et 2018. On en a fait dix ou quinze versions différentes avant d'arriver au résultat que nous voulions. La plupart des morceaux de l'album viennent d'une idée de Stein Roger Sordal, notre bassiste. On a déjà composé de nouveaux morceaux. Durant la crise du Covid-19, on a écrit un morceau de dix minutes qui sonne très prog. »

« Vous donnez un concert le 23 Mai prochain chez vous à Kristiansand. Ce sera retransmis partout dans le Monde ? »

« Oui, les tickets coûtent cinq euros. Il y aura un concert, des interviews. Cela va être sympa, je pense. »

« Vous jouerez le nouvel album ? »

« Nos morceaux sont tellement longs que l'on ne jouera pas vingt morceaux (rires). On va jouer la quasi-totalité du nouvel album et d'autres morceaux plus anciens. On ne jouera évidemment pas de morceau de « Light of Day, Day of Darkness » puisque l'album est composé d'un seul titre d'une heure. »

« Qui a réalisé la pochette de l'album ? »

« C'est Nikas Sundin, un artiste suédois avec lequel nous travaillons depuis 2001. Il était dans Dark Tranquility. On voulait quelqu'un qui nous connaisse très bien pour faire l'art-work. J'aime cette pochette. Je sens l'atmosphère du disque en la voyant. »

« Votre album est plein d'émotions. Vous n'êtes pas le genre de groupe qui utilise la technique pour la technique. L'émotion semble plus importante que tout chez Green Carnation. »

« C'est vrai. C'est plus important de créer une émotion que de montrer combien de notes tu peux jouer en une minute. Nous travaillons sur les émotions. Durant nos concerts, il n'est pas rare que des gens pleurent car nous racontons des histoires. »

« Même si vous racontez des histoires ce disque n'est pas pour autant un concept-album. »

« Pas tout à fait, même s'il y a un fil rouge entre les morceaux, la pochette et les paroles. »

« Avec la crise du covid-19, vous n'avez pas pensé à repousser la sortie de l'album ? »

« Si mais finalement c'est bien qu'il sorte maintenant. Les gens ont le temps d'écouter de la musique parce qu'il ne se passe pas grand-chose. C'est pour le live que les choses ont été compliquées. On devait jouer en Norvége, en Slovénie, en Roumanie, en Turquie et tout cela a été annulé. »

« Parallélement à Green Carnation tu continues avec Nightshadows Lament et Tristania ? »

« Oui. Nightshadows n'est pas vraiment actif mais nous ferons peut-être de nouvelles choses dans le futur. J'aime bien jouer avec eux. Avec Tristania, c’était prévu que l’on parte trois semaines en tournée en Septembre en Amérique Latine. Cela risque malheureusement d’être reporté. »

« Vous avez pris Endre Kirkesola comme producteur du disque »

« Oui, il nous connait bien. Il a joué des claviers avec nous sur scène en 2016 lors de notre retour. C'est important d'avoir un producteur qui te connaisse bien. »

« Votre album vient de sortir et vous avez de supers critiques un peu partout dans le Monde ?»

« C'est nouveau pour nous d'être sur un gros label, d'avoir tous ces retours. Lorsque nous avions arrêté Green Carnation, il n'y avait pas Facebook ou cela en était à ses débuts donc tu n'avais pas tout ce feedback sur ce que tu produis. Ou alors tu ne le voyais pas. »

« Vous avez signé pour cinq albums avec Season of Mist. »

« On a des plans avec eux jusqu'à 2023. Une réedition l'an prochain et trois autres albums. On a signé avec eux parce que nous avions déjà sorti des albums chez eux dans les années 2000. Les gens de Season of Mist croient en nous. C'est ce que l'on demande à un label. Malgrè le Covid-19 nos plans ne vont pas tellement changer. Nous avons plein d'ambition et restons positifs. »
 
Critique : Pierre Arnaud
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