Interview

EMBRYONIC CELLS (2020) - Max (Chant / guitare)

Le précédent album de Embryonic Cells avait été un enchantement. « Horizon » était une merveille de disque post-black teinté de trash. Changement radical de cap avec « Decline » qui réussit l'exploit d'être tout aussi bon que son prédécesseur tout en prenant une direction musicale très différente. Entretien avec Max, chanteur-guitariste du groupe.

« Horizon » votre album précédent date d'il y a un an et demi. Vous êtes allés assez vite pour en pondre un nouveau. »


« C'est vrai que c'est étonnant pour un groupe comme Embyonic Cells. Nous avons sorti plusieurs démos et cinq albums au total et il y a parfois eu des écarts de cinq ou même sept années entre les disques. On pouvait penser que nous étions un groupe qui prend son temps. Si les choses sont allées aussi vite entre ces deux albums, c'est en partie grâce aux critiques positives que nous avons reçues pour l'album précédent qui nous ont galvinisés. Avant, on se posait peut-être trop de questions et du coup on procrastinait un peu. Aujourd'hui, nous nous faisons davantage confiance. »

« Il y a, je trouve, une rupture de ton entre « Horizon » et cet album. « Horizon » était très post-black, « Decline » ne l'est presque pas et il y a une coloration new-wave évidente sur ce disque. »

« Il y a deux marqueurs très forts entre ces deux albums. Déjà, il n'y a plus de claviers sur « Decline » ce qui laisse un espace important. Et deuxième chose, la plupart du chant sur l'album est en chant clair. C'est une nouvelle esthétique, une nouvelle couleur. Lors de la préparation de « Horizon » on avait déjà commencé à mettre du chant clair et cela m'avait beaucoup plu. Du coup j'ai eu envie d'en mettre encore davantage sur ce disque. »

« Ce nouvel album est très varié musicalement. »

« Dans le groupe, nous écoutons plein de choses différentes, du metal bien sûr dans sous toutes ces composantes : du black au glam en passant par le trash, mais aussi de la bossa nova, de l'électro, de la new wave, du jazz, de la synth wave. Tout le monde dans le groupe met sa pièce à l'édifice. J'amène une colonne vertébrale à base de riffs et les deux autres amènent d'autres éléments. C'est comme cela que se créent nos morceaux. »

« Il y a un côté cold-wave important dans le disque. »

« J'aime ce côté hybride de la musique. Je suis fan de cold-wave. J'adore Depeche Mode. Je continue de les écouter et trouve plein de choses intéressantes dans leurs parties vocales. J'ai déménagé récemment et suis retombé sur un vieux carton que j'avais avec des K7 de new-wave. J'ai réecouté cela et j'ai beaucoup aimé. Cela m'a forcèment influencé pour la compo du disque. »

« C'est marrant, c'est au moment où il n'y a plus de claviers dans le groupe que vous sonnez le plus new-wave. »

« C'esr vrai. Je ne l'avais pas vu comme ça mais c'est juste. »

« Pourquoi Pierre qui était votre claviériste est-il parti ? »

« Pierre est quelqu'un de très solicité en tant que musicien et pour son travail. J'ai déménagé de l'Aube à la Drôme et c'était encore plus difficile de se voir. Nous nous sommes posés la question de continuer avec un clavier et finalement nous nous sommes dit que nous allions faire sans. »

« Est-ce que l'absence de clavier a changé le processus de composition ? »

« Depuis « Horizon » on a commencé à composer des trucs au chant avant même les riffs. On a poursuivi dans cette voie pour le nouvel album. »

« Decline » c'est le déclin de notre civilisation ? »

« Cela dessine les contours de notre monde. Un monde qui s'effondre de manière invisible. Cela peut être la fonte des neiges, les incendes aux quatre coins de la planète, la montée des océans. Et malgrè tout cela, nous sommes dans une totale incapacité de réaction. On cultive même au contraire une forme de déni. Le disque est un récit collapsologique. La collapsologie est la science qui prédit l'effondrement du monde.»

« L'élement trash est presque absent de ce disque. »

« Clairement. J'en ai toujours écouté, en écoute encore mais c'est vrai que le trash est peu prèsent sur « Decline ». Si j'avais des journées de 48 heures, j'aurais certainement un groupe de trash à côté de Embyonic. »

« Le dernier morceau, « You're So Full of Fear » a un côté Rotting Christ, lourd et lancinant. »

« J'ai toujours eu une grande passion pour Bathory avec le côté pesant de leur musique. Rotting Christ fait en effet partie des influences pour ce genre de morceau. On a fait un clip pour ce titre. Ce n'était pas évident car il dure sept minutes. On voulait faire un clip qui raconte une histoire. On n'avait pas envie d'un clip où le groupe joue dans sa cave. On a fait un truc humble avec des bouts de ficelle mais avec un récit initiatique qui se tient. »

« Vous avez joué au Hellfest l'an dernier. Qu'est-ce que cela vous a apporté ? »

« Y jouer est un privilège. Cela t'amène de la visibilité. J'adorerais y rejouer. Nous n'avons pas sacralisé le truc, cela a presque été un concert comme un autre. On a eu la petite frustration de jouer le dimanche matin quand les gens sont fatigués des jours précédents. Cela reste un très bon souvenir. »

« Il n'y a quasiment plus de live à cause de la crise sanitaire. Comment allez-vous faire ? »

« Il y avait deux tournées prévues, une en Europe de l'Est et une en France. Tout a été stoppé. Ce nouveau contexte pose la question de comment garder le lien avec son public. On y réfléchit. On se pose la question de faire du live numérique. Ce n'est pas notre came à la base mais je viens de mater un live stream de Enslaved qui était super et je me suis dit pourquoi pas. »
 
Critique : Pierre Arnaud
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