Live Report

BADFLOWER - BROKEN HANDS - La Maroquinerie - Paris - 5/4/2019

 
C’est vendredi soir sur la terre et j’ai un rendez-vous avec l’histoire. 5 avril pour être précis, l’année 2019, le lieu ? La Maroquinerie. Et si on faisait un pari ? Cette date c’était celle du ticket Broken Hands et Badflowers. Et bien je vous parie que Badflower qui était en tête d’affiche est un groupe qui va rentrer dans l’histoire. Alors bien sûr vous allez me dire même pas cap ? Avant de les avoir vus, l’album m’avait déjà sérieusement tiré les oreilles. Mais après les avoir vus en live…

Reprenons dans l’ordre. C’est Broken Hands qui démarre, le quintette anglais envoie un rock bien sale avec une énergie toute juvénile. Déjà auteurs d’un premier album très prometteur ils confirment là dans une ambiance assez étrange. La salle est loin d’être pleine mais l’ambiance est déjà surchauffée au 4ème morceau (et c’est juste la première partie). En général les groupes (encore plus quand ils sont émergents) choisissent une première partie qui ne leur fera pas d’ombre. Et là on a un groupe qui si tout s’était arrêté après leur prestation, me fait me dire que la soirée aurait déjà été parfaite. Dale Norton, le chanteur a des faux airs d’Ozzy jeune dans le jeu de scène, entre gaucherie attachante et bouillonnement permanent, ses quatre acolytes laissent la tension monter le temps d’un set court impactant et généreux et toute la salle (même si c’est à moitié vide) les reçoit en pleine poire comme une belle grosse tarte qui fait plaisir. Du bon gros rock indé qui tache et remet la mémoire aux heures d’un grunge poisseux mêlé de truc que seuls les anglais ont : le sens de la mélodie même quand c’est crado.

Et puis après j’ai pris un cours. Badflower sort son premier album, la salle c’est un peu plus remplie (soyons fous mettons aux deux tiers, c’est quand même pas folichon). Les Californiens sont jeunes et clairement leurs mélodies teintées de rage adolescente bien arrangée ne sont pas censé me toucher directement (pour être poli on va dire que j’ai passé l’âge et que je contrôle mes hormones). Sur album, on est dans une espèce d’indie coldwave qui explose, avec un chanteur à gueule et à voix (la vie est injuste, y a des cumulards). Sur scène, on a 4 furieux qui feraient passer Gossip pour un groupe calme… Détail rigolo le mec à la guitare ce soir-là n’est même pas le titulaire donc en théorie ça aurait dû être déstabilisant pour le groupe… hébé non… Et pour le coup, la pression ne descendra jamais, le concert commence au-dessus des limites autorisées et il finira dans une apothéose façon stade alors qu’on est toujours dans une « petite Maro » avec rappel avec solo de batterie et chanteur qui se fait porter sur le dos par le public en extase. Comment un groupe qui joue dans une salle de petit volume face à un public certes passionné vu que certains sont venus d’Allemagne pour les voir, peut transformer un vendredi soir approximatif en explosion tellurique ?
J’ai pas les clefs du mystère. Je peux juste témoigner que oui, j’ai vu « ça » arriver. Que ça ira loin, que même si vous ne les suivez pas ils vous rattraperont, et, comme en plus oui c’est diaboliquement bien fait, si vous passez à côté vous l’aurez fait exprès. Ce soir-là on célébrait la disparition de Kurt Cobain… Mais j’avoue que ce soir-là on aura été quelques-uns à célébrer la réussite de bons artistes bien vivants et ça fait du bien. Le rock n’est pas mort, même si ça lui est arrivé de nombreuses fois. Le rock est vivant, il est en pleine forme, il a beaucoup de choses à dire et il se dit avec fougue. Le rock s’appelle apparemment Badflower… L’avenir n’a plus qu’à le confirmer, pari ouvert.
 
Critique : Thomas Enault
Date : 5/4/2019
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