Live Report

LORDI - La Machine Du Moulin Rouge - Paris - 6/3/2020

 
C’est sur les chapeaux de roue que je suis arrivée vendredi 6 mars à la Machine du Moulin Rouge pour assister au concert prometteur de Lordi, le groupe rendu culte par une prestation peu banale lors de l’Eurovision en 2006, actuellement en tournée pour leur « Killectour 2020 ». En effet alors qu’il était indiqué partout que l’événement débutait à 19h, le premier groupe sur trois commençait en fait son set à 18h30 ! Pas très pratique pour organiser sa journée…

J’ai donc débarqué dans la salle alors que le concert de Flesh Roxon, des Finlandais comme Lordi, était déjà bien entamé, puisque je n’ai pas entendu plus de trois morceaux pour me faire une idée. Ils qualifient leur musique d’« action rock », ce qui a le mérite de vouloir tout et rien dire à la fois – de la musique pour faire de l’aérobic, s’entraîner au kung fu ? Je dirais que leurs différentes influences mélangées aboutissent à une sorte de rockabilly un peu punk sur les bords, sympathique, mais pas transcendant non plus, et qui tourne un peu en rond. Deux guitares, une batterie, pas de bassiste mais un contrebassiste, ce qui donne une petite touche originale au groupe, et tout le monde au chant sauf le batteur : une formule qui aurait pu être intéressante, avec en prime une esthétique en noir et rouge plutôt jolie, mais qui n’a pas été très mise en valeur par des lumières peu présentes et un son franchement moyen.

Après un premier entracte, et l’arrivée d’un peu plus de public, sans toutefois que la Machine soit pleine, c’est Almanac (ou Victor Smolki’s Almanac) qui prend le relais pour continuer de chauffer la salle. Et musicalement, cela n’a plus rien à voir avec le groupe précédent ! Il faut dire que l’affiche de ce soir est très éclectique et hétérogène, pour moi qui découvre les deux groupes de première partie, cela a de quoi surprendre. Et c’est une bonne surprise que le style power symphonique mâtiné de heavy metal des Allemands d’Almanac, avec un son bien équilibré, des solos de qualité, des rythmes motivants, et des musiciens expressifs et pêchus qui se déplacent énergiquement sur scène en faisant le show. Certains refrains sont rapidement repris en chœur par une partie du public – dont moi, car les titres restent bien en tête même si on les découvre tout juste, c’est accrocheur et ça met l’ambiance sans difficulté. Le public est au taquet pour la suite grâce à ce groupe dont je creuserai certainement un peu plus la discographie plus tard, et emplit de plus en plus la fosse.

Cette fois l’entracte dure longtemps, trèèès longtemps. Largement plus qu’il n’en faut pour aller se dégourdir les jambes, boire une bière, acheter un t-shirt après avoir observé tous les produits du merch’, changer trois fois de place dans la salle, ou toute autre occupation de fortune… Je commence à avoir des fourmis dans les jambes et à trouver le temps long, heureusement que les roadies de Lordi – qui semblent former leur propre groupe tant ils sont lookés, jouez-nous un morceau s’il vous plaît – font des pitreries sur scène pendant qu’ils installent tout le matos nécessaire, dont des ventilateurs, et des accessoires dans le pit. Notre patience finit heureusement par être récompensée, car le spectacle est à la hauteur : c’est sur « God of Thunder » de Kiss que les cinq créatures arrivent une par une sur scène, et le moins que l’on puisse dire est que les costumes concoctés par le frontman Mr Lordi sont vraiment épatants d’originalité et de réalisation, ils doivent nécessiter des heures de préparation, sans compter qu’ils doivent mourir de chaud là-dedans et qu’il semble délicat de voir grand-chose à travers les masques monstrueux, et les musiciens ont d’ailleurs des morceaux de scotch fluo sur leurs instruments comme au sol afin de se repérer… Ils sont toutefois super professionnels et déroulent leur show avec l’aisance de l’habitude – cela fait quand même 18 ans qu’ils tournent – et je me prends complètement au jeu.

Le spectacle est riche en décors et accessoires, très soigné dans un style grand-guignol : l’influence d’Alice Cooper se fait sentir, et c’est pour moi un compliment. On ne sait pas où donner du regard : pied de micro ornemental, batterie transparente et qui se met à tourner et s’illuminer, fausses têtes coupées accrochées sur les murs façon train fantôme, roadies déguisées en grand-mère ou en victime sacrificielle… Mr Lordi fait mumuse avec une poupée qu’il jette par terre sur « Shake the Baby Silent », enfile lunettes de pilote et casquette militaire sur « Scare Force One », fait marrer l’assistance en nous demandant si l’on a chaud, vu que lui transpire, et si l’on veut se mettre « à poil » (en français dans le texte) pour amorcer « Naked in my Cellar ». Une petite ambiance troisième mi-temps de festival mais sans jamais tomber dans le graveleux, d’ailleurs les pogos et les slams qui commencent à se multiplier se passent bien, tout le monde s’amuse sans que ce soit bourrin, et c’est super appréciable. Le concert est émaillé de solos des différents musiciens entre les chansons, d’une durée parfaite pour que leur talent soit mis en valeur, mais sans qu’on se mette à penser à ce qu’on va manger le soir en rentrant – comme ceux d’un certain Z. W. par exemple… L’atmosphère de fête foraine fusionna soudain avec celle d’une soirée mousse quand le frontman nous arrosa tous copieusement de neige carbonique, aaah un peu de fraîcheur (poisseuse, certes). Pour des monstres, des zombies, des momies, des vampires et des orcs, les cinq performeurs ont le mérite d’être super expressifs, malgré les costumes et masques, et de réussir à être divertissants pendant tout le spectacle sans que ce ne soit jamais répétitif, ce qui est assez fantastique ! La chanson la plus hurlée à tue-tête fut bien sûr la très attendue « Hardrock Hallelujah », mais le chanteur fit encore sensation pendant les rappels, avec de grandes ailes de démon façon chauve-souris ou gargouille sur « Devil is a Loser », et un final sur un titre également très apprécié, « Would you Love a Monsterman ? ». Même une fois les chansons terminées, le groupe a continué de déconner et d’interagir avec le public, en envoyant un nombre impressionnant de médiators dans la fosse, ainsi que quelques baguettes, ou en frottant différents objets sur leur visage, leurs aisselles, leurs fesses ou leur pubis avant de les balancer sur les spectateurs, bataillant pour obtenir les, euh, précieuses reliques je suppose ? (Chacun ses fétichismes.)

Le genre de concert dont l’on sait déjà sur le moment qu’il sera très rapidement mémorable.

Setlist :

1) Horror for Hire
2) Midnite Lover (Partial)
3) Granny's Gone Crazy (Partial)
4) Devil's Lullaby (Partial)
5) Shake the Baby Silent
6) Blood Red Sandman
7) Drum Solo
8) Scare Force One
9) Like a Bee to the Honey
10) Naked in my Cellar
11) Bass Solo
12) I Dug a Hole in the Yard for You
13) Who's your Daddy ?
14) Guitar/Keyboard Solo
15) Hard Rock Hallelujah

Rappel :

16) Devil is a Loser
17) Would you Love a Monsterman ?
 
Critique : Elise Diederich
Date : 6/3/2020
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